vendredi

Carré jazz

Il était 2 heures du matin quand j'ai réussi à me pousser de là. J'aurais aimé dire la vérité à José; que j'haïsais ça aller là-bas. À la place j'ai juste dit que j'étais fatigué. Je marchais pour retourner chez José. Je peux pu vraiment retourner chez nous, ya Linda qui doit péter une coche en ce moment.

On était bien dehors, il faisait pas trop froid, l'air sentait bon, on dirait ben que l'automne s'en venait. Je suis passé devant une ruelle, y avait du jazz qui jouait. C'est le genre de musique que j'aime bien, mais que j'écoute vraiment pas souvent. Dans la même ruelle, y avait une fille qui essayait de pousser une grosse poubelle. Je me suis arrêté, je me demandais ben ce qu'elle foutait là.

- Euh... Est-ce que ça va?
- Ouais, j'ai perdu mes clés, pis j'aimerais bien entrer chez nous.

Juste en entendant sa voix, j'ai compris qu'elle avait bu. J'ai évalué la situation pis j'ai fini par comprendre qu'elle voulait pousser la poubelle pour grimper dessus et atteindre la fenêtre ouverte qui était au dessus d'elle.

- Attends un peu, je vais t'aider.

Au lieu de pousser la poubelle, on en est venu à la conclusion que c'était mieux si elle montait sur mes épaules. Je l'ai prise par la taille pour la hisser dans les airs, pis je lui ai tenu les jambes. On avait l'air de deux clowns mongoles qui faisaient des pirouettes dans une ruelle jazzée. La jolie fille a fini par réussir à atteindre le bord de la fenêtre et à entrer dans son appart. Elle était vraiment agile pour une fille soûle.

- Merci!
- Ya pas de quoi!

J'aurais aimé lui dire que je la trouvait merveilleuse, que juste en la touchant mon coeur avait battu à la chamade, que je me sentais seul et triste, que j'étais un oiseau blessé, que j'étais perdu. J'aurais voulu la supplier de me laisser entrer dans son petit nid douillet et de me serrer dans ses bras. J'ai pas eu le courage de le faire. Je crois que j'ai trop bu à soir, je me suis créé des illusions. Cette fille-là est trop belle et trop bien pour moi. J'ai décidé de m'en aller avant de créer un malaise.

- Bonne nuit.
- Attends...