Congé
Fraîchement sorti de l'hôpital, fraîchement rhabillé et fraîchement vidé de mon sang pas une grosse mégère avec une méga seringue, je décidai de retourner chez José. J'ouvris la porte avec mon double de clefs, José travaillait encore à cette heure là.
Mon père m'attendait encore à l'intérieur.
-Salut mon gros nounours ça va comment?
-Euh papa...
-Je t'ai fait une belle tarte à la rhubarbe.
-Tu fais quoi ici?
-Je suis venu m'occuper de toi.
-Mais...
-T'as pas d'affaire à me faire des peurs de même.
-Où est maman?
-Elle est en train d'arranger l'affaire de l'appartement avec Linda
-Bon.
-Ton ami m'a ouvert la porte.
-Mais il travaille.
-Ben je suis allé le voir à son travail.
-Tu sais même pas où il travaille.
-C'est pour ça que j'ai appeléé ton ami Thierry.
-Tu as même pas son numéro.
-J'ai fouillé dans tes affaires.
-Papa!
-Oui oui moi aussi je t'aime.
-Hummm...
-Aller, on la mange cette tarte.
-Non, je vais me coucher, demain je suis invité à une fête et j'ai des courses à faire avant d'y aller.
-Est-ce bien sage dans ton état?
-Papa, j'ai trente-huit ans, j'ai pas besoin que tu sois toujours sur mon dos. Je suis un adulte depuis bien longtemps. Pis ça fait trop longtemps que t'es après moi là! Alors, je vais faire ce que je veux demain, aller me coucher pis toi tu me bordes pas, tu me fais pas de bec, pis tu me laisses tranquille! On se voit dimanche, BYE!
Je crois que j'y suis allé un peu fort cette fois. Sans aucun son, aucun tremblement de gorge, aucun battement de cils, une larme glissa de son oeil s'échouant sur les réssifs de sa peau plissée par le temps. C'était la première fois, en 38 ans que je voyais mon père pleurer. Je me rendit compte qu'il n'était plus l'homme plus fort et plus grand que moi de mon enfance. Je venais de le briser, comme un géant écrase une fourmi de son pied. Je venais de donner une raison de plus au viellard de 64 ans qui se tenait debout devant moi, de se désècher.
-Pardon papa, je voulais pas...
Je m'avançai pour le prendre dans mes bras, il fît un pas en arrière.
-Non je comprends, au revoir Pierre.
Il s'en alla, laissant la tarte sur le comptoir. Ce fût à mon tour de pleurer.

2 Comments:
C,est triste tout plein ça....Mais heureusement les papa ils ont pas de rancune et de rancoeur. Surtout quand on les invite a regarder un match de hockey avec de la bière pour colmater les fuites.
:)
ah merdouille, il est pas toujours fort fort pierre! faire de la peine a son papa c'est pas gentil. surtout s'il nous emmène de la bouffe.
moi je dis, il faut donner la fessée à Pierre!
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