dimanche

Quatre heures et vingts minutes

J'en suis à mon huitième café. Mon quatrième croissant, mon second pain au chocolat et mon premier morceau de gâteau au fromage. Ça fait quatre heures et vingt minutes que j'attends Élise. Elle m'avait donné rendez-vous ici à 3 heure pour prendre un café avec moi. Il est 7 heure et 20, je m'en vais après ce gâteau là.

Je me lève en avalant ma dernière bouchée, j'enfile mon blouson quand la vieille dame assie à la table d'à côté se lève. Cette vieille chose était là à me regarder depuis que je suis arrivé. Probablement une bonne femme à la retraite délaissée par sa famille qui préfère mourir lentement dans un café plutôt que chez-elle. Ses cheveux sont longs et gris, sa peau blème et désèchée, ses traits brisés et froissés. À vous donner froid dans le dos.

-Mon bon monsieur, pourquoi partez-vous?
-Je viens de me faire poser un lapin.
-Par une jeune fille n'est-ce pas?
-Oui
-Elle devait être bien jolie pour que vous soyez resté aussi longtemps.
-Laissez-moi tranquille madame.
-Était-elle belle?
-Beaucoup trop pour moi on dirait.
-Ne dites pas ça, vous avez encore la jeunesse.
-Même avec la moitié de votre âge je commence déjà à mourir madame, laissez-moi partir.
-Vous le regretterez.
-Pourquoi donc!

C'était plutôt sur un ton de défi que d'interrogation que s'envolèrent ces mots. C'était peut-être la rage ou bien les huits cafés que je venais d'avaler qui faisaient effet, mais mon coeur s'emballa, une belle crise aïgue d'arythmie qui me frappait. Je m'effondra lourdement sur le sol quand Élise retira sa perruque visiblement horrifiée. Elle frotta son visage avec son châle pour s'assurer que je la reconnaisse sous son maquillage au fur et à mesure que tout se faisait plus sombre autour de moi. Un homme vint me frapper la poitrine pour réveiller ma patate. Tout redeviendra plus clair plus tard, à l'hôpital, là, on s'occupe de moi...